Les signes de qualité, levier stratégique pour la souveraineté alimentaire
Face à l’instabilité géopolitique, les tensions sur les marchés alimentaires et le dérèglement climatique, la souveraineté alimentaire s’impose comme levier stratégique de la politique agricole française. Les signes officiels de qualité et d’origine (Siqo) apparaissent comme des gages de qualité pour structurer des filières, valoriser des territoires ou encore sécuriser des productions.
Vous devez vous inscrire pour consulter librement tous les articles.
Dans le contexte actuel d’un monde chamboulé par les conflits géopolitiques ou les tensions sur les marchés, la souveraineté alimentaire apparaît comme un sujet majeur. « Si la guerre éclate, que les Français le comprennent bien, c’est sur nos agriculteurs, et sur eux seuls, qu’il faudra compter pour nous nourrir », avait annoncé Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, lundi 8 décembre 2025, à Rungis, à l’occasion du lancement des conférences pour la souveraineté alimentaire.
En organisant une conférence sur la thématique des signes d’identification de la qualité et de l’origine (Siqo) au Salon international de l’agriculture (Sia), jeudi 26 février 2026, l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) et l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) étaient bien décidés à prouver que les labels peuvent être des atouts majeurs de la souveraineté alimentaire. En effet, les deux établissements de recherche sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et de l’alimentation, prônent l’idée que les Siqo y jouent un rôle important, « en assurant une production alimentaire durable et de qualité sur l’ensemble du territoire national ».
Les Siqo, un outil pour renforcer l’autonomie alimentaire
Ces distinctions regroupant producteurs et transformateurs seraient des piliers « pour défendre la capacité à produire l’alimentation des Français, tout en protégeant notre modèle à l’international », a introduit Philipe Mauguin, président de l’Inrae. De ce fait, les indications géographiques (AOP, IGP) ou encore le Label Rouge apparaissent comme des vecteurs clés d’information des consommateurs. Ils seraient créateurs de valeur pour les agriculteurs puis permettraient de soutenir la diversification et la résilience des activités agricoles dans les territoires français.
Selon l’Inao, près de 1 200 produits sont sous Siqo en France (hors agriculture biologique). Cela inclut les appellations d’origine protégée (AOC), les IGP, les labels rouges, la spécialité traditionnelle garantie (STG) ou encore l’agriculture biologique (souvent comptée à part). Au global, les produits sous Siqo représentent environ 42 milliards d’euros, soit environ 40 % du chiffre d’affaires de la production agricole française, d’après un rapport publié en 2024 par l’Inao.
Des labels au service des territoires
Pour Armelle Mazé, économiste à l’Inrae, les indications géographiques et labels rouges « constituent un patrimoine agroalimentaire commun ». En respectant des cahiers des charges basés sur la qualité, l’origine et la structuration collective des filières, les Siqo prouvent qu’ils peuvent favoriser la reterritorialisation de certaines productions ou encore assurer la durabilité des systèmes alimentaires.
Dans sa présentation, l’économiste a pris l’exemple de l’IGP Moutarde de Dijon. Bien que majoritairement cultivée aux États-Unis ou en Chine, ces dernières années, des agriculteurs bourguignons n’ont pas hésité à relocaliser cette production végétale afin qu’elle pousse davantage en France. Pour Armelle Mazé, la diversification et la résilience des activités se trouvent être des leviers non négligeables pour soutenir la souveraineté alimentaire d’un pays.
« Le label a toujours servi de locomotive »
Dans le secteur ovin, les Siqo sont perçus comme un outil de structuration du marché. Selon Patrick Soury, éleveur d’agneaux fermiers en Label Rouge à Oradour-Fanais (Charente), « le label a toujours servi de locomotive pour l’ensemble de la filière, en termes de dynamisme de production ou de prix ». Pour être labellisé, l’exploitant agricole se résout à répondre à plusieurs prérogatives. Par exemple, il doit nourrir ses agneaux au lait de leurs mères pendant au moins 60 jours et leur fournir une alimentation sans OGM.
Si Patrick Soury parle de ses produits avec passion, il reste cependant lucide pour sa filière en général. « Arriver à 100 % de production ovine en France ne sera pas possible face à des concurrents comme la Nouvelle-Zélande ou le Chili », insiste-t-il lors d’un entretien avec La France Agricole. D’après celui qui est aussi président de la filière ovine d’Interbev, pour garantir la souveraineté alimentaire de la France, il faudrait faciliter le développement de l’élevage en général. Pour l’éleveur, cela passerait forcément par des aides Pac plus importante et des soutiens financiers pour acheter du matériel ou construire de nouveaux bâtiments.
Aides Pac : pensez à vos transferts de DPB (10/03/2026)
Une garantie économique pour les producteurs
Du côté de la filière de la volaille, Marina Besnard, présidente de la coopérative Les fermes de Janzé (Ille-et-Vilaine), l’heure est aussi à la clairvoyance. Pour elle, les Siqo participent à la souveraineté alimentaire mais sur le long terme n’aurait pas la capacité de substituer des productions non labellisées. « Pour nourrir un pays entier, il faut de tout », souligne l’éleveuse bretonne. Son produit reste une niche, sur 1 000 poulets consommés dans l’Hexagone, seulement sept sont estampillés « Poulet fermier de Janzé ».
Si les produits sous Siqo ne semblent pas pouvoir alimenter l’ensemble des Français, ils garantissent une protection économique pour les agriculteurs. « En achetant un produit sous Siqo, on est sûr qu’il s’inscrit dans une démarche collective où la valeur ajoutée est répartie au sein d’une même filière dans laquelle les producteurs sont rémunérés convenablement », martèle Cathy Gautier, directrice de l’association Qualimentaire.
Pour elle, qui accompagne dans les Hauts-de-France, les filières agroalimentaires dans la mise en place et la promotion des démarches de qualité, les Siqo sont définitivement des gages « rassurants » pour les consommateurs.
Pour accéder à l'ensembles nos offres :